Axelle Lemaire
Profil certifié

L'innovation au ❤️ / innovation at heart / innovation as (political) art

 — Europe du Nord
Réponse publiée le 5 mai 2017 à 10h27
5 minutes
6 349 vues
2 commentaires
Les ressortissants européens seront mieux informés, mieux représentés, mieux entendus.
 

Il est parfois difficile de le mesurer en France : le Brexit est présent dans les esprits de tous nos concitoyens qui résident au Royaume-Uni. Il devra occuper une grande partie du travail déployé par le futur député de la 3e circonscription des Français de l’étranger. Le choix d’une partie du peuple britannique de quitter l’Union européenne est vécu par beaucoup d’Européens comme un séisme susceptible de bouleverser le quotidien de millions de ressortissants. Beaucoup de questionnements restent sans réponse : quel statut migratoire pour moi et ma famille, quel droit de résidence et de travail dans mon pays d’accueil, quel accès aux services publics et aux droits sociaux, quel avenir pour les conventions bilatérales (fiscalité, retraites, sécurité sociale), les programmes de coopération, d’échanges, de recherche…? Le travail systématique d’identification des sujets de négociation est en cours au sein du gouvernement français, comme l’est celui du déploiement de la "task force" qui, au sein de chaque ministère et du Secrétariat général aux affaires européennes, effectuera le suivi étroit des discussions et de leur avancement.

 

Il faut à ce titre saluer la position constante du gouvernement français, qui a refusé de céder à la pression de Theresa May en rappelant depuis le 23 juin 2016 que la réponse donnée doit être une réponse européenne. Que des négociations bilatérales accélérées sur le coin d’une table aboutiraient à une division et un affaiblissement du projet européen et par conséquent de la défense des intérêts des ressortissants. La France, comme la Commission européenne représentée par Michel Barnier, - le Commissaire français nommé pour conduire les négociations au nom des pays membres de l’Union -, ont aussi rappelé depuis le début que la protection des droits des européens au Royaume-Uni serait une priorité absolue des négociations.

 

Mais le risque existe que lesdites négociations, par définition très techniques, globales, complexes, s’enferment dans l’opacité des couloirs de Bruxelles. Beaucoup d’informations circuleront dans les deux années à venir et il sera difficile d’y voir clair, de démêler les tactiques de négociations des vrais points d’achoppement ou d’accord. Et qu’au final, le sort des femmes et des hommes touchés par le Brexit soit mélangé à celui des discussions géostratégiques, tarifaires, commerciales, réglementaires, dont la liste ne manquera pas de s’allonger. Or l’Europe, c’est avant tout un projet humain, une aventure faite d’échanges, de partages, d’expériences communes qu’il faut à tout prix préserver pour les générations actuelles et à venir.

 

En tant que députée, je considère que ces négociations devront se placer sous un mot clé : la TRANSPARENCE. Michel Barnier l’a rappelé, mais tous les gouvernements ne seront peut-être pas de cet avis. Seule la pression politique et citoyenne permettra de garantir cette transparence, j’en ai la conviction. La Commission européenne est dotée d’un mandat nouveau ; elle a ici l’occasion de faire mieux en matière de transparence que lors des négociations du partenariat transatlantique (TTIP) ou du bouclier vie privée ("Privacy Shield") et de retrouver sa légitimité auprès des peuples. Mais pour cela, des outils devront être mis en place à Bruxelles pour permettre le suivi en temps réel des négociations par l’ensemble des citoyens européens.

 

Députée, je serai très vigilante pour m’assurer, au nom du Parlement français, que cette transparence soit mise en œuvre.

 

J’animerai aussi activement le groupe parlementaire de suivi du Brexit, pour contrôler l’action de l’exécutif et faire de l’Assemblée nationale, - si possible avec le Sénat -, une force de propositions.

 

Je participerai à la création d’une coalition politique en France et en Europe réunissant les femmes et hommes de bonne volonté, qui voudront comme moi faire de la liberté de circulation et de la protection des intérêts des citoyens européens un item non négociable. Les citoyens se font déjà entendre grâce à l’action du groupe des "3 millions". Les relais politiques sont forts au sein des partis travailliste et libéral-démocrate. Mais cet écho ne semble pas dépasser la Manche. Or ce qui est en jeu, c’est l’essence même du projet européen. Forte de ma connaissance de la Chambre des communes et de ses leaders, notamment dans le camp pro-européen, je travaillerai avec nos amis britanniques pour nous assurer que les citoyens concernés des deux côtés de la Manche soient traités le mieux possible, dans le respect des droits acquis.

 

Je vous tiendrai informés de l’avancée des négociations telle qu’elle sera communiquée au Parlement. Vous aurez connaissance des mêmes documents que moi.

 

Enfin, je vous donnerai les moyens d’être acteurs de notre destin. Je mettrai en place une plateforme interactive de consultation, de recueil de témoignages, d’interactions et de discussions pour la communauté française et pour toute la communauté européenne. Car tout le monde a son mot à dire dans cette affaire, et notamment les plus jeunes, que l’on n’a pas assez entendu au moment du vote du Brexit.

 

La méthode que j’emploierai est celle de la démocratie contributive, que j’ai utilisée pour la loi pour une République numérique défendue au Parlement et adoptée à l’unanimité : pour la première fois, en France mais aussi en Europe, un projet de loi du gouvernement a été co-écrit par les citoyens par l’intermédiaire d’une plateforme en ligne. En toute transparence, les internautes ont ainsi pu donner leur avis, poster des commentaires, proposer des modifications au texte et des nouveaux articles, avant son passage au Conseil d’Etat et en Conseil des ministres. Cette méthode innovante fut à la fois exemplaire, car elle a créé un standard démocratique nouveau en France, et efficace, car le texte initial s'est enrichi des nombreuses contributions et articles grâce à l’intelligence collective.

 

Avec la future "plateforme Brexit" du parlement français, les ressortissants européens seront mieux informés, mieux représentés, mieux entendus. 

Inscrivez-vous pour participer au débat.
Voir les commentaires