Bernard Lusset
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 — Agen (Lot-et-Garonne)
Sujet publié le 23 novembre 2017 à 09h18
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Vive la politique !
 

Chaque année depuis 2008, l'équipe municipale "Agen Même" se rassemble autour de son maire Jean Dionis pour faire, sans fard, le point des engagements pris devant les Agenais, de notre fonctionnement interne, de nos réussites et de nos échecs. Nous le faisons en équipe, sans se raconter d'histoire et ça nous réussit plutôt.

 

Ces rencontres sont aussi l'occasion de prendre acte de tel ou tel évènement personnel, professionnel ou politique touchant l'un d'entre nous et nécessitant -ou pas- de procéder à des aménagements au sein de l'équipe. Plus une équipe est constituée de personnalités jeunes, actives et engagées dans la vie professionnelle et plus les changements sont susceptibles d'être nombreux au cours d'un mandat, compte-tenu des parcours de vie.

 

C'est à ce travail que le Maire et l'équipe municipale ont procédé à la rentrée, à partir des constats dressés cet été par notre premier Adjoint Pierre Chollet. Le résultat vient d'en être présenté à la presse : l'équipe municipale est un organisme vivant qui se porte bien, merci et le visage renouvelé qu'elle présente a plutôt fière allure.

 

Mon collègue Emmanuel Eyssalet, qui partage désormais son temps entre Bordeaux et Agen, aurait pu lui aussi prendre acte du changement intervenu dans sa propre vie et démissionner au bénéfice d'un de ses co-listiers plus disponible. Il n'évoque pas le sujet et a manifestement fait un autre choix. C'est tout-à-fait son droit.

 

Emmanuel témoigne à mon égard dans la presse locale d'une sollicitude malicieuse en m'imaginant "déçu" :

 

journal

 

J'ai beau relire l'article, je ne comprends pas pourquoi je devrais être déçu. Mon collègue s'imagine-il que je sollicitais quelque délégation supplémentaire dans ce mini-remaniement municipal ? Si c'est ça, il se trompe ! La confiance dont m'honorent mes collègues à la Ville et à l'Agglo suffit amplement à compléter mes journées professionnelles...

 

J'ajoute que je vis comme un vrai bonheur de travailler au sein de cette équipe et particulièrement aux côtés de Jean Dionis : ça fera bientôt 30 ans que Jean et moi travaillons ensemble à des titres divers. Nous nous connaissons tellement par cœur tous les deux qu'avant même que l'un ait parlé, l'autre sait déjà ce qu'il va dire et la réponse est, elle aussi, prête. Il y a dans ce compagnonnage entre nous une forme de fraternité difficile à concevoir de l'extérieur, qui a résisté à bien des coups de tabac, des différends et des coups de gueule : tous les deux, nous ferons mieux que Chirac / Balladur !

 

Au-delà d'une réelle affinité philosophique entre nous, ce qui fonde sans doute cette fraternité entre nous, c'est le profond respect de nos différences et la conscience qu'elles nous enrichissent, qu'elles complètent nos actions publiques respectives. Alors, navré Emmanuel : je n'éprouve aucune déception, d'aucune sorte.

 

***

 

Mon collègue pense-t-il aux sénatoriales qu'il évoque aussi ? J'entends beaucoup de sottises à ce sujet. Peut-être est-il utile de clarifier les choses, ce que je n'avais pas cru bon de faire jusque là (je ne suis pas très enclin à l'introspection publique) ?

 

Oui, j'ai un temps pensé que je pourrais être un successeur centriste à peu près correct d'Henri Tandonnet au Sénat. J'ai même eu l'outrecuidance de penser qu'au terme d'une bonne campagne, j'aurais pu être élu et briser ainsi la malédiction qui fait qu'aucun élu d'Agen n'est entré au Sénat depuis Joseph Chaumié, il y a 120 ans. Je pensais enfin que mon parcours personnel, professionnel et public me donnait quelques atouts pour être, si j'étais élu, un parlementaire utile à mon département, à mon pays et aux idées auxquelles je crois. Bref, je m'en suis senti capable et j'en ai eu envie.

 

Mais je ne concevais ma candidature que dans une démarche de rassemblement et de large consensus. J'ai reçu dans ce début d'aventure sénatoriale des marques de soutien d'élus qui m'ont beaucoup touché et encouragé. Mais j'ai finalement pris acte du fait qu'Henri Tandonnet, dont la voix comptait particulièrement dans cette désignation, préférait la candidature de son suppléant sortant, Jean-Pierre Moga à la mienne. J'aurais pu, comme tant d'autres, mettre mes envies personnelles avant l'unité de ma famille et n'écouter que les envoûtantes sirènes de l'ambition ; j'ai fait un autre choix et j'ai soutenu sans faux-semblant (voir ici) Jean-Pierre et Christine Bonfanti-Dossat.

 

Là où mon collègue Emmanuel Eyssalet se trompe, c'est quand il imagine que je nourrirais la moindre rancœur au sujet de ce tour de piste. J'ai des regrets, oui : dire le contraire serait mentir. Mais je n'en veux à personne : ni à Jean Dionis qui m'a soutenu sans faille avec l'énergie qu'on lui connait, ni à Henri dont le choix s'est avéré gagnant. Etait-ce le seul scénario gagnant ? Peut-être pas mais celui-là en tout cas l'a été : "bien ouej" comme disent mes enfants.

 

Et surtout : en 30 ans d'engagement public local, j'ai appris depuis longtemps que la politique était par excellence l'école de la résilience. Ceux qui ne l'ont pas compris se perdent dans des aigreurs qui leur font faire et dire beaucoup de sottises : je ne suis et ne serai jamais de ceux-là.

 

Vive la politique !

 

CARTON ROUGE : j'ajoute un dernier mot, qui me vient en relisant les déclarations de mon collègue en fin d'article : en regardant les promus de cette fin d'année 2017, Emmanuel Eyssalet déclare : "je vais rester attentif à la laïcité et à son respect". Nous reparlerons de cette phrase mais je veux dire tout de suite ceci : être républicain, c'est être attentif au respect de la laïcité. Tous les élus d'Agen sont, je veux le croire, d'authentiques républicains. Et pointer du doigt des collègues comme suspects a priori de ne pas respecter la laïcité (Pourquoi ? parce qu'ils sont musulmans ?) est un procès d'intention tout-à-fait inadmissible. Je dis donc ici ma profonde réprobation pour cette déclaration et mon indéfectible solidarité avec ceux de mes collègues visés par ces propos. C'est nul et c'est autrement plus important que les aimables babillages qui précédent. Carton rouge à Emmanuel Eyssalet.

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