Félix BOUTET
Retraité. Habitant en région Havraise  — Octeville-sur-Mer (Seine-Maritime)
Sujet publié le 24 septembre 2019 à 12h01
3 minutes
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Réforme des retraites : l’équation impossible.
 

Le débat le plus critique ce jour pour le gouvernement concerne la réforme des retraites. Avant même le débat tout le monde est mécontent et commence à manifester. Mais quelle est l’équation du problème ? à priori simple : dans le régime général il y a aujourd’hui 1,7 actif pour 1 retraité. En équilibre aujourd’hui l’objectif est d’équilibrer le système sur le long terme en tenant compte du vieillissement de la population. Les projections sur 2060 tablent sur 1,3 actif pour 1 retraité. Il y a quatre leviers pour maintenir l’équilibre : la durée d’activité, l’âge du départ, le montant des pensions ou le niveau de cotisation. Augmenter le niveau de cotisations semble difficile : il est passé de 23% du salaire brut dans les années 1990 à 27,7% en 2019 (augmentation supportée à 60 % par les employeurs). Ce facteur est évidement fortement influencé par l’évolution du chômage. Personnellement je pense qu’augmenter encore ce taux risquerait fort de diminuer encore la création d’entreprises en France. Instaurer un « âge pivot », c’est-à-dire un âge qui induirait une décote si on prend sa retraite avant, et une prime si on prend sa retraite après. C’est la première mouture Delevoye qui fixait cet âge à 64 ans. Augmenter la durée de cotisation, c’est la solution qu’ont utilisée tous les gouvernements précédents. 41,5 ans aujourd’hui, 43 ans (172 trimestres) à partir de 2025.

 

On peut continuer ainsi à réformer par touches successives, alors pourquoi lancer ce chantier de retraite à points ? l’idée de départ avait été fixée par le président Macron dans son ouvrage « Révolution », qui définissait les grandes lignes de son projet présidentiel. « Je crois profondément à une société du choix, c’est-à-dire libérée des blocages de tous ordres, d’une organisation obsolète, et dans laquelle chacun pourrait décider de sa vie. Mais, sans solidarités, cette société tomberait dans la dislocation, l’exclusion, la violence – la liberté de choisir sa vie serait réservée aux plus forts, et non aux plus faibles. Nous devons donc inventer de nouvelles protections et de nouvelles sécurités. En somme, une réponse aux nouvelles inégalités. Cette réponse procède pour moi d’un constat simple : l’uniformité – de droits, d’accès, de règles, d’aides… – ne signifie plus l’égalité. Au contraire. L’enjeu n’est plus d’apporter la même chose à tous : c’est de fournir à chacun ce dont il a besoin. Ce n’est pas la fin de la solidarité, c’est au contraire le renouveau de la solidarité. Quand les parcours et les situations sont de plus en plus divers, il est indispensable de sortir d’une approche uniforme, faute de quoi l’intervention publique reproduirait, voire exacerberait les inégalités là où elle devrait les corriger. Cela passe enfin par une généralisation des droits, notamment ceux qui ont trait au chômage ou à la retraite, afin que des régimes particuliers de protection ne créent pas des barrières et des injustices. Le fait que certains n’aient presque aucune protection et que, à côté de cela, des régimes spéciaux subsistent n’est pas acceptable. Tous les individus doivent pouvoir bénéficier des mêmes droits. »

 

Oui mais toucher aux régimes spéciaux, c’est lancer un dossier explosif ; et pourtant il s’agit ici d’un principe de solidarité. Toucher aux privilèges est un crime. Les employés de la RATP font grève, leur régime est déficitaire et doit être comblé par le contribuable. Les médecins, les pilotes, les avocats et autres professions libérales manifestent pour qu’on ne touche pas à leur magot, leur caisse étant excédentaire.

 

Bien sûr uniformiser les systèmes de retraite en instaurant une retraite par points permettra aux futurs gouvernements d’équilibrer le système, en jouant probablement sur la valeur du point. Il permettrait aussi aux jeunes générations qui commencent leur vie active plus tardivement de ne pas être pénalisé par le nombre de trimestres de cotisation (principe défendu par la CFDT). A ces jeunes générations qui poursuivent des études longues, on leur proposera en plus (si elles trouvent des emplois) de cotiser à des systèmes de retraites complémentaires par capitalisation : assurance vie, PREFON pour les fonctionnaires... Malheureusement répartition et capitalisation sont de même nature : il s’agit de prélèvements effectués sur les jeunes générations et les actifs. Imaginons qu’un système de capitalisation investisse dans l’immobilier, il faudra payer des loyers. Et qui paye un loyer pour se loger après avoir trouvé un emploi ? ce sont les jeunes. Investir dans les valeurs mobilières (actions, obligations) c’est exiger des dividendes, qui sont autant de sommes qui viennent en diminution des salaires !

 

Bref je suis retraité depuis dix ans et ne verrai probablement pas la fin de l’histoire, mais je souhaite beaucoup de courage à notre premier ministre pour mener à terme une telle réforme.

 

PS origines des données chiffrées le COR, Alternatives Economiques.

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