Frédéric GEHIN
Profil certifié
Cadre territorial Républicain Humaniste et militant associatif 43 ans Marié, deux filles  — Corbelin (Isère)
Sujet publié le 2 juillet 2018 à 11h07
3 minutes
46 vues
Aucun commentaire
Lettre ouverte à mes amis de Gauche
 

Parmi ceux qui connaissent, vous êtes certainement à vous interroger sur mes positions politiques actuelles, lesquelles peuvent paraître bien éloignées de mon histoire, de mon éducation, de mon « habitus », de mes engagements. Je rajouterai que, de surcroît, j’ai toujours vibré pour les grandes heures et les grands mythes de la Gauche : celle de Jaurès et de Blum, des Républicains espagnols et des Jacobins.

 

Il n’en demeure pas moins que la Gauche m’a beaucoup déçu.

 

Déçu par son arrogance, son sectarisme, sa certitude de défendre le bien, persuadés que le mal commence désormais à droite d’Olivier Faure.

 

Cette assurance les persuade de l’existence d’une vérité révélée, à savoir que seules leurs idées sont bien-fondées, qu’il y a une France qui pense bien, la leur, et que l’autre demeure inféodée au grand capital, au libéralisme, à la technostructure, aux grands médias, que sais-je encore…

 

Péremptoires, ils sont, ayant un avis sur tout et surtout un avis et leurs récents échecs ne peuvent s’expliquer que par des circonstances et des contingences, et parce que le peuple a forcément mal pensé, mal réfléchi, mal voté.

 

Je reste, pour ma part, persuadé que la complexité du monde impose la complexité des solutions, que celui-ci ne peut se traiter par imprécations et, j’ose le dire, idéologies, que le pragmatisme et l’art de la nuance, voire de l’ « en même temps « s’imposent.

 

Mais, plus que tout cela encore, je doute. Toujours. De la justesse de mes raisonnements et positions, de leur permanence, de leur cohérence. Et, par-dessus tout, je ne répugne jamais à débattre avec quiconque, y compris avec des militants d’un autre bord ; car j’ai le plus grand respect pour ceux qui croient, qui militent, et plus que tout, mettent en cohérence les paroles et les actes.

 

Et c’est là le deuxième défaut de la gauche, son péché originel, sa faute irrémissible : cette déconnection entre les beaux discours et les pratiques.

 

Pour des militants sincères, engagés et courageux, combien d’enseignants qui esquivent la carte scolaire, taillant en pièces l’idéal de mixité de l’école républicaine, combien de mépris de classe envers les gens de peu portés par les profs, les journalistes, les artistes (qui tournent en Province comme ils s’aventurent en terres inconnues), combien de condescendance dans les yeux d’écrivains dans les salons du livre, combien de journalistes et d’éditorialistes, pourtant toujours prompts à défendre les acquis sociaux, qui ont dépassé largement l’âge de la retraite, prenant ainsi la place de plus jeunes, combien d’édiles socialistes parmi les pires « patrons »de mairie : clientélistes, harceleurs, méprisants.

 

J’écouterai cette Gauche le jour où elle se mettra en conformité avec ses belles paroles : j’entendrais Yann Moix sur les migrants quand il abandonnera sa mise en scène de soi pour se confronter vraiment aux associations qui interviennent partout en France, j’écouterais Edouard Louis le jour où, à l’occasion de ses conférences new-yorkaises, il dormira, non dans un hôtel de luxe, mais dans des YMCA, j’écouterais ces auteurs lorsqu’ils ne défendront plus leur situation fiscale et sociale mais iront, comme l’a fait Florence Aubenas, se confronter au réel, j’écouterais enfin les rédactions du Monde, d’Inter et de Télérama le jour où elles s’ouvriront à la jeunesse et à la diversité.

 

Le troisième et dernier reproche, enfin, c’est celui de la dérision. Cette société rit de tout, et de rien, consacre les twittos- à la vacuité culturelle et orthographique avérée cependant – comme la nouvelle opinion publique qu’il convient d’écouter, de citer et la gauche, que l’on pensait pourtant intellectuelle, n’est pas la dernière à arpenter cette société du vide. Plutôt que d’expliquer, d’analyser, mettre en perspective, on se focalise sur les petites phrases, les anecdotes et les pseudo-affaires. C’est acceptable chez Kombini et Buzzfeed, ce ne l’est pas sur France Inter, ou France Télévision.

 

Dans cette culture de l’instantané, on aime se gausser de la grandeur de la République, du décorum institutionnel, de la sacralisation de nos valeurs, cette dérision irrigue toutes les émissions, toutes les chaînes avec tout ce qui va avec, notamment le politiquement correct et la révolte obligatoire, et une seule limite : l’autodérision.

 

Car, à l’instar de Cyrano, nos braves humoristes de gauche ne tolèrent pas qu’un autre leur serve des critiques, des reproches, des questions mêmes.

 

Il y a, à mon simple avis ; bien plus de distance et de recul chez le Premier Ministre Edouard Philippe que dans l’ensemble de l’équipe de Par Jupiter.

 

Alors, chers amis de Gauche, faites votre autocritique.

 

Moi, je fais la mienne tous les jours.

Ne manquer aucune publication de Frédéric GEHIN en vous inscrivant. En savoir plus

Inscription Déjà inscrit-e? Identifiez-vous
Inscrivez-vous pour participer au débat.
Voir les commentaires