Nicolas Parfait
La quarantaine, impliqué au niveau communal et associatif, j'ai acquis de fortes convictions sur les changements nécessaires...  — Bourgoin-Jallieu (Isère)
Sujet publié le 11 janvier 2017 à 22h55
8 minutes
843 vues
Les conditions d'une démocratie nouvelle
Les conditions d'une démocratie nouvelle
 

Il est toujours plus inquiétant d’observer la baisse constante de la participation aux différentes élections. Malgré quelques sursauts, souvent du à un contexte particulier ou un effet de mode passager, la baisse sur une période de temps assez longue est très nette. Tous les types d’élections ont vu progresser l’abstention de + 10 à + 50% ! Par exemple pour les élections municipales, l’abstention était de 27% en 1989 et de 38 % en 2014, soit une progression de 40% !

3

Nous ne pouvons que déplorer cet état de fait. Cependant les experts de la politique comme les scientifiques ou les sociologues peinent à expliquer ce phénomène de manière claire. Les explications sont parcellaires, alambiquées et tout le monde semble s’en accommoder, dans une France a plusieurs niveaux de conscience politique mais aussi de conscience de soi, tout simplement. Je veux dire par là que de plus en plus de gens s’extraient du monde, non par un choix protestataire ou alternatif, mais uniquement par paresse, inconscience, en étant de simples consommateurs moutons qui ne bêlent même plus.

 

A la décharge de ces moutons, des années de politique politicienne, où seule compte l’élection mais en aucun cas l’accomplissement d’une mission au service des citoyens et de la France, ont totalement décrédibilisé les élus, de plus en plus éloignés des préoccupations du quotidien, ne faisant rien pour permettre aux électeurs de participer activement à la construction de note société.

 

Nous avons donc aujourd’hui les électeurs que nous méritons. Gavés de télé, d’informations lapidaires et déformées par les réseaux sociaux et l’internet, l’électeur d’aujourd’hui ne trouve pas non plus dans l’école ou le système éducatif en général les ressources pour garder un œil critique, une faculté de jugement et de réflexion face à un monde qui s’emballe, face aux événements qui font la une, le dernier arrivé poussant dans l’oubli le précédent.

 

Ajoutons à cela la marchandisation de tous nos rapports sociaux, l’électeur choisi, paye parfois et en veut pour son argent, sinon la critique sera extrêmement dure.

 

Et les politiciens professionnels jouent le jeu. Cela peut même les arranger, eux qui s’adressent d’abord à la tendance moyenne, bien pensante, qui, bien qu’exerçant leur droit de vote et se trouvant de fait majoritaire aux élections (d’autant que les bulletins blanc ne comptent pas) ne font que valider les choix de ceux qui ont financé les candidats. En effet, un niveau national, un candidat est élu sur un programme, ou parfois sur un discours, une tendance, un effet de mode. Mais il est surtout le produit de puissants groupes financiers, le résultat de négociations et de compromi(ssions), de jeu de pouvoirs et de tractations d’officines dont les simples électeurs ignorent tout.

 

Adepte de la théorie du complot ? Non, il suffit de regarder la réalité de ces dernières années pour s’en convaincre. Qui aurait pu imaginer autant de malversations, d’affaires, concernant un ex-président ?

 

Et il n’est pas difficile de penser que l’on n’a vu que la partie émergé de l’iceberg..

 

Dès lors, nulle surprise lorsqu’un élu met en place une politique qui n’est pas en ligne avec ses promesses, son programme... Il ne fait en réalité que répondre à ceux qui l’ont aidé à gagner sa place. Et les électeurs n’agissent donc que comme caisse d’enregistrement d’un scénario écrit à l’avance. Ils peuvent bien protester, changer de candidat la prochaine fois, le résultat sera le même.

 

Et les extrêmes alors, elles parlent vrai, elles dénoncent cet état de fait, ce hold-up sur la démocratie de la part des grands partis traditionnels et modérés... Mais pour le remplacer par quoi ? Par une oligarchie qui mettra à tous les étages du pouvoir les personnes d’une même famille? Quelle régression... la royauté a été abolie en France depuis longtemps… La France du 21ème siècle mérite mieux que l’avènement d’une nouvelle aristocratie qui mettra tout en œuvre pour accaparer le pouvoir aussi longtemps que possible.

 

Et le pouvoir par le peuple et pour le peuple alors ? Des élus issus de toutes les couches de la société, désintéressés, œuvrant pour le bien commun… Et pas des politiciens professionnels qui ont passé leur vie sur les bancs des écoles et des hémicycles du pouvoirs, ou bien à baver devant la porte en attendant leur tour ! A quand la démocratie des vrais gens, ceux qui travaillent, qui paient leur impôts et respectent les lois ??

 

Eh bien cela non plus n’est si possible, ni même souhaitable. Quand on connait ne serait-ce qu’un peu le travail des élus, même au sein d’une petite commune, on sait quelle est la difficulté d’être un actif et en même temps d’être au service de la communauté... Ce n’est pas un hasard si on trouve beaucoup de retraités parmi les élus, lorsque ce ne sont justement pas des professionnels de la politique.

 

On entend souvent dire : « Marre des ces élus trop vieux qui ne comprennent rien au monde d’aujourd’hui, à ses enjeux, aux besoins des gens. Marre de ces personnes qui ont cumulés les mandats pendant 30 ans et qui ne voient plus l’intérêt général, qui ne saisissent pas les changements qui s’opèrent dans leur communauté et dans le monde »...

 

Mais la vraie question, c’est : Comment faire pour que des personnes de 30 ou 40 ans, issus de la société civile, ayant une activité professionnelle, accèdent à des mandats d’élus ? Ces personnes n’en ont ni le temps ni l’envie, car plus on est jeune et moins l’on vote, moins l’on s’intéresse à la gestion du bien publique.

 

Pour changer profondément notre approche de la gestion du bien commun, nous devons envisager des réformes structurantes de grandes ampleurs.

 

Sur l’exercice de la démocratie, le vote et la représentativité, 3 mesures sont indispensables :

 

- Le vote obligatoire

 

- Le comptage des bulletins blancs ou nominatifs

 

- Des mesures de prise en charge financière et un cadre légal pour permettre aux salariés (et aux indépendants) d’exercer une activité d’élu.

 

D’autre part, il faut aussi renforcer le pouvoir de l’administration et de gestionnaires professionnels sur certains aspects de la gestion publiques.

 

 En effet, fini de la gabegie de la gestion par intérêt personnel, par désir de laisser une trace dans l’histoire ou par inconscience. Une gestion saine, éclairée par les règles et les lois et correctement interprétés par ceux qui les connaissent est nécessaire.

 

 Une gestion animée par le seul dessein d’accomplir sa mission, de rendre service au public et à une entité publique, que ce soit une commune, un canton, une communauté de communes, une région.

 

 Une réduction du nombre d’élus est aussi nécessaire, pour réduire la facture et clarifier la représentativité au lieu de la morceler comme c’est le cas aujourd’hui.

 

Enfin, il faut une dose de hasard ( !!) et de proportionnelle plus importante. Oui, de hasard : Certains élus ou membres d’assemblée devraient être tiré au sort... Ainsi, ils seraient de vrais représentants du peuple, sans l’avoir prémédité, sans apriori sur la fonction, sans avoir vendu leur décisions futures (et leur âme parfois) au plus offrant.

 

La démocratie participative, si elle est souhaitable et rafraîchissante (lorsqu’elle peut s’exercer) n’est pas suffisante. Que voulons-nous vraiment pour le futur ? Comment trouver les solutions pour répondre aux défis du monde d’aujourd’hui ? Les anciennes méthodes doivent laisser la place à la créativité, à l’intelligence collective... Pouvons-nous inventer une société qui mettrait en œuvre le projet d’un bonheur collectif ? Oui, nous le pouvons. Solidarité, don de soi en sont les ferments. Mettre en place les conditions et les moyens de passer d’une société basé sur la pyramide des richesses à une société basée sur la poursuite d’un équilibre, d’un bien être personnel et d’une place enfin trouvée dans le monde pour chacun d’entre nous.

 

Utopique ? Prenons un exemple : Demain, nous décidons d’inventer un système participatif ou tout le monde mettra en commun, participera à la gestion et redistribuera selon les besoins de chacun, dans un souci d’équilibre et d’équité, les plus faibles étant aidé par les plus forts dans les différents aspects de leur vies : Travail, famille, santé.. Grande idée n’est ce pas ? Cela s’appelle Assedic, CAF et sécurité sociale... Toutes créées après guerre, sur les ruines d’un monde ravagé... Et aujourd’hui, alors que l’Europe est en paix (du moins sur son propre territoire), nous n’aurions plus l’intelligence et la force d’inventer de tels systèmes dont tout le monde se félicite depuis 60 ans ?? Pensez vous que cela soit réellement plus dur aujourd’hui ?? NON ! Seule la volonté politique manque, seul l’individualisme, le profit de certains nous empêche de penser collectif !

 

On nous rabâche que « le monde est ainsi », on y peut rien, la mondialisation, les grandes entreprises, l’Europe... sont la cause de nos problèmes... Mais de quels problèmes parlons nous alors que nos grand parents ont connus la guerre, le rationnement, la peur face un ennemi qui occupait notre territoire... Ils ont su créer un monde nouveau et bâtir la paix, fondé une Europe économique certes imparfaite et qui a mal tourné depuis 20 ans, mais une Europe qui nous a permis d’être plus fort ensemble et de faire de nos ennemis des amis. Et nous, nous serions une génération de moutons, qui passera à coté de son Histoire, en ne faisant rien, ou pire, en détruisant ce qui a été construit et acquit si chèrement ??

 

Il ne s’agit plus de faire la révolte comme en 68, ou la révolution comme en 1789, il s’agit de penser le monde de demain et de bousculer calmement mais fermement l’ordre en place pour établir les bases d’une démocratie débarrassée de ces superficialités, une démocratie qui parle quotidiennement aux 68 millions de français qui la vivent.

 

Et ce, non pas en votant des lois ineptes sur la foi des sondages, des faits divers ou de la tendance.. ! Il faut penser long terme. Un véritable projet de société pour maintenant et pour demain doit mettre en place des reformes qui prendront du temps, mais qui seront marquées du sceau de l’Histoire, et dont les effets perdureront des décennies.

 

Passons outre les castes, outre les lobbies, le diktat des banques et des entreprises du CAC40, leurs salariés ont les mêmes attentes que tout autre français! Oublions ces notions partisanes dépassées, et regardons ce qui nous unit plutôt que ce qui nous divise !

 

Il est possible d’inventer une autre forme de société, et il est temps !

Ne manquer aucune publication de Nicolas Parfait en vous inscrivant. En savoir plus

Inscription Déjà inscrit-e? Identifiez-vous
Inscrivez-vous pour participer au débat.
Voir les commentaires