Frédéric GEHIN
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Cadre territorial Républicain Humaniste et militant associatif 43 ans Marié, deux filles  — Corbelin (Isère)
Sujet publié le 19 juin 2018 à 12h22
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Le Jour où l’équipe de France perdit la coupe du monde 1998.
 

Le but fut marqué dans un silence de mort.

 

Après plus de deux heures de jeu, malgré une domination sans partage et des attaques stériles, l’équipe de France était éliminée de sa Coupe du Monde, et par la petite porte, sortie par le Paraguay et ce diable de Chilavert, nouvel héros national de la république sud-américaine, qui a su arrêter les tirs au but de deux joueurs français.

 

Alors que l’événement footballistique de l’année commençait à peine à passionner la France, l’élimination précoce des Bleus réduisit à néant tout engouement.

 

Ceux qui rêvaient d’une fraternisation populaire, de Champs Elysées envahis par la foule, ou du retour de la communauté nationale furent amèrement déçus : les dissensions, le pessimisme, les passions tristes et les querelles françaises firent leur grand retour.

 

Il y eut tout d’abord le départ précipité vers la Pologne d’Aimé Jacquet et sa famille, afin d’échapper aux lazzis, quolibets, injures et menaces de mort.

 

Dès le lendemain du match, l’Equipe avait titré « C’était écrit » et massacrait dans son éditorial la quasi-totalité du staff et des joueurs de l’équipe de France.

 

Dans la foulée, l’effectif au grand complet des Tricolores annonçait sa retraite internationale et Raymond Domenech était nommé sélectionneur, à la grande joie des commentateurs.

 

Pendant ce temps, la compétition continuait et la Croatie, grâce un but de Suker à la 90ème minute éliminait l’Italie et affrontait victorieusement le Brésil pour offrir à la petite république balkanique son premier titre international.

 

Mais la crie débordait également sur le terrain politique. Dès après l’élimination, une commission d’enquête parlementaire était désignée et auditionnait le Président de la Fédération Française de Football ; Philippe Bergeroo, seul membre du staff disponible, les autres étant introuvables ; et bien entendu Thierry Roland et Jean-Michel Larqué.

 

La rentrée 1998 fut ensuite particulièrement tendue : des émeutes éclatèrent en Banlieue, le gouvernement Jospin dut faire face au départ des communistes et des écologistes, puis au retour de ces derniers. Jean-Marie le Pen vitupérait de plus en plus violemment contre l’immigration et les Noirs incapables de jouer au foot, le Canard enchaîné titra sur sa colère noire, Charlie fit un dessin pas drôle, Libé s’indigna, BHL publia une tribune puis, les mois passant, la situation s’apaisa.

 

Mais, au sein de leur propre camp, le Président et le Premier ministre étaient fragilisés : le premier, vieilli, usé, renonça à se présenter une seconde fois et remisa son projet de référendum de réduction du mandat présidentiel de 7 à 5 ans.

 

Quant au second, des voix de plus en plus discordantes au sein du PS –le 1er secrétaire François Hollande étant impuissant à museler ceux qu’on commençait à appeler « frondeurs »- réclamaient qui des mesures plus sociales, critiquant ainsi le tournant social-libéral de la politique de DSK, qui une énième réforme de la Constitution et un passage à la VIème République.

 

Le sous-ministre Mélenchon démissionna avec fracas de son maroquin de sous-secrétaire d’Etat aux affaires européennes, non sans vitupérer sur et dans les médias, Jean-Pierre Chevènement retourna sur son Aventin belfortain, et Martine Aubry, toujours Ministre du Travail, bougonna ; Michel Rocard, enfin, proposa ses services pour une énième fois. Sans succès.

 

Devant cette ambiance délétère, le principe de primaires ouvertes pour désigner le candidat à la Présidentielle, fut approuvé, et, à la surprise générale, Ségolène Royal fut désignée.

 

Du côté de la droite, il n’y avait pas moins de dissensions mais le culte du chef et la tentation bonapartisto-gaullienne firent le reste : Philippe Séguin fut désigné candidat.

 

Alors que les élections municipales furent marquées par le triomphe d’un nouveau parti centriste – « Pour une France qui avance »- les présidentielles de 2002 s’annonçaient indécises.

 

S’ y affrontaient notamment, outre Ségolène Royal et Philippe Séguin, Jean-Marie le Pen, François Léotard, Alain Krivine, un défenseur de la cause animale et un écolo inconnu, un chasseur, deux ou trois autres candidats d’extrême gauche et un fondamentaliste laïc.

 

Elles furent finalement marquées par un coup d’éclat : la démission en pleine campagne de Philippe Séguin, après une énième trahison de la coalition juppéo-sarkozyste.

 

Dès lors ce fut un plébiscite : Ségolène Royal affronta ainsi Jean-Marie le Pen au second tour, devint première présidente de la République et put assister à la victoire de l’équipe de France de football au Japon, portée par les exploits et la grâce de leur capitaine, Vikash Dhorasoo.

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