Florent Fournier

Co-fondateur d'Applicolis, la coopérative de coursiers locaux, pour des livraisons express, en une heure ou sur rendez-vous.

#Entrepreneur #startup #innovation #logistique #urbaine #ESS #Vélo

 — Toulouse (Haute-Garonne)
Sujet publié le 2 août 2017 à 10h02
3 minutes
1 942 vues
La condition des coursiers
La condition des coursiers
 

Tout d’abord, merci Monsieur l’adjoint au Maire de vous préoccuper de la situation des livreurs à vélo.

 

Effectivement, depuis la fermeture de Take Eat Easy, il y a tout juste un an, les conditions de travail se sont fortement dégradées :

 

- Suppression de la tarification horaire, qui a laissé place à une tarification à la course à 5€ (légèrement variable selon les villes), peu importe la distance, l’heure, ou encore les conditions climatiques,

 

- Suppression de ce que les plateformes appellent « des bonus », que les coursiers obtenaient lorsqu’ils étaient connectés du vendredi au dimanche, quand il pleuvait ou pour d’autres raisons,

 

- Recrutement massif de coursiers supplémentaires, et lorsque le système de rémunération se fait à la course, plus il y a de coursiers connectés, plus le nombre de courses par coursier diminue.

 

Par ailleurs, comme le dit Monsieur Fabien Robert, les plateformes abusent du statut de micro-entrepreneur pour exploiter leurs travailleurs. Pour rappel, ce statut est destiné aux personnes voulant initier un projet entrepreneurial, pas pour travailler sous forme de salariat déguisé.

 

Là encore, ce statut, les coursiers l’acceptent volontiers. La principale raison est la flexibilité : travailler ou non vraiment quand on souhaite (on peut décider de travailler la veille pour le lendemain), pouvoir travailler autant de temps qu’on veut, et donc gagner le revenu dont on a besoin.

 

En revanche, ce statut est surtout avantageux pour la plateforme : aucune cotisation sociale (retraite, congés payés/maternités/paternités, assurance maladie, assurance chômage, mutuelle obligatoire), aucune obligation sur le nombre d’heures effectuées, aucune obligation de protection individuelle, et surtout, la plateforme peut se débarrasser du coursier en 2 jours (quand c’est respecté), sans avoir à se justifier, et sans que le coursier puisse avoir recours aux tribunaux, à une prime de licenciement et aux indemnités versées par l’assurance chômage.

 

Grâce à ce système, la plateforme paye beaucoup moins par rapport à ce qu’elle devrait payer en prenant des salariés. Du coup, elle peut proposer des tarifs vraiment moins élevés, ce qui entraîne une concurrence très déloyale.

 

Je m’explique : là où je paie 14€/h mon salarié au SMIC chargé (sans compter les frais de matériel, d’assurance, de mutuel, etc. que la plateforme ne paie pas), la plateforme le rémunère 10-12€/h.

 

En France, on a la possibilité d’utiliser le CDD et l’intérim quand l’entreprise veut de la flexibilité. Ce coût horaire grimpe à 16-20€/h quand on embauche sous ses statuts.

 

Pourquoi les plateformes pourraient payer moins que le SMIC en CDI, pour une flexibilité plus importante que l’intérim ?

 

Je pourrais encore continuer longtemps, car je ne parle pas ici du droit à la formation, du compte pénibilité, des problèmes que ce statut provoque sur notre système social, ou encore des dangers que provoque un système d’attribution des courses au coursier le plus rapide, de l’évasion fiscale de ces plateformes qui prennent 30% du revenu de nos commerces locaux, etc, etc.

 

Pour information, si je connais aussi bien leur fonctionnement, c’est parce que je suis le co-fondateur de la plateforme COOPÉRATIVE AppliColis (SCIC : Société Coopérative d’Intérêt Collectif). Le but est de proposer une alternative à l’ubérisation de notre secteur, en proposant aux coursiers et commerçants partenaires qui le souhaitent, de rejoindre la coopérative et ainsi posséder également l’outil numérique avec lequel ils travaillent.

 

Les coopérateurs participent aux processus de décision de l’entreprise et décident de leurs conditions de travail, développent leur propre réseau, bénéficient de protection sociale, reçoivent une partie des bénéfices en fin d’année (plutôt que les distribuer à des business « Angels » et fonds d’investissements pas très solidaires), et peuvent appréhender l’avenir d’une façon plus pérenne.

Inscrivez-vous pour participer au débat.
Voir les commentaires