Sarah Trichet-Allaire
Profil certifié
conseillère municipale EELV dans une majorité plurielle, je suis élue à la consommation responsable et aux échanges équitables.  — Saint-Nazaire (Loire-Atlantique)
Sujet publié le 7 février 2018 à 09h46
3 minutes
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Fallait-il programmer Bertrand Cantat aux Escales ?
 

Cette tribune a été signée par plusieurs féministes nazairienne - dont moi-même, suite à la polémique ayant eu lieu lors de la programmation puis de la déprogrammation de Bertrand Cantat au festival des Escales à Saint-Nazaire

 

Dans le débat récent sur Bertrand Cantat, nous souhaitons apporter un point de vue féministe.

 

Ces derniers temps, la parole des femmes s’est libérée, beaucoup de choses ont été dites et entendues. Mais comme à chaque avancée féministe, le « backlash », le retour de bâton s’est fait sentir. De la tribune sur la « liberté d’importuner » aux interventions de masculinistes tel Éric Zemmour, le patriarcat se défend et essaye de remettre les femmes à leur place.

 

Récemment, à Saint-Nazaire, la programmation de Cantat puis sa déprogrammation ont suscité de nombreuses réactions : censure, atteinte à la liberté d’expression, de création, l’interdiction de spectacle pour trouble à l’ordre public ont été évoquées.

 

Liberté artistique

 

Or, ce n’est pas la liberté artistique qui a été mise en cause, mais la représentation publique d’un personnage qui est devenu un des symboles des violences faites aux femmes.

 

La liberté d’expression et de création doit-elle respecter les valeurs des Droits Humains ? Devons-nous laisser s’exprimer antisémitisme, homophobie ou sexisme sous couvert de création ? C'est le débat qui est en jeu lorsque, par exemple, est évoquée l'édition de Mein Kampf.

 

Mais la liberté de création de Bertrand Cantat n'a jamais été remise en question. Ce qui est en jeu, c'est sa prestation au sein d'un festival familial, un festival qui engage d'autres artistes.

 

Liberté de travailler

 

Est invoqué le droit de travailler quand, condamné par la justice, la peine a été accomplie. En effet, la personne a le droit de retrouver une place dans la société et de travailler, même s'il ou elle a été condamné-e pour meurtre.

 

Mais quel travail ?

 

Un pédophile, par exemple, ne pourra plus travailler en contact avec des enfants, un homme violent envers sa compagne peut être condamné à vivre hors d’un certain périmètre. Un chef d’entreprise peut être condamné à ne plus pouvoir gérer une entreprise. Il existe donc des circonstances où les conditions de travail seront encadrées.

 

Or Bertrand Cantat est musicien Il peut toujours produire des disques, composer, donc il peut travailler.

 

Mais quand un artiste se produit sur scène, il devient un modèle. Une prestation scénique n’est pas anodine.

 

Ce n'est pas acceptable. Non d’un point de vue juridique, mais d'un point de vue éthique.

 

Liberté des femmes

 

À l’heure où la société semble décidée à dénoncer, punir mais aussi prévenir, les violences faites aux femmes quelles qu’en soient les formes, il semble étonnant que nous permettions à un homme qui a tué une femme de s'exhiber sur une scène.

 

Que ressentirait un jeune garçon ou une jeune fille dont la mère est victime de violences domestiques de savoir que se produit sur scène un homme qui a tué sa compagne ?

 

Dans l’imaginaire des jeunes, des jeunes filles, des jeunes garçons, le message qui passerait serait : on peut tuer une femme, mais la vie continue de la même façon.

 

On peut espérer qu’à l’avenir une réflexion se mette en place concernant certaines représentations publiques et de leurs incompatibilités avec des actes commis, même jugés.

 

Dès aujourd’hui, nous, féministes, le disons : mettre en scène un homme violent n’est plus acceptable.

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